Bernard BUFFET (1928-1999)

Bernard BUFFET (1928-1999)

Française

1928 – 1999

Bernard Buffet (1928-1999)

Peintre, graveur et lithographe français, Bernard Buffet est l’une des figures majeures de la peinture figurative française de la seconde moitié du XXe siècle. Son écriture immédiatement identifiable — lignes noires acérées, silhouettes étirées, compositions austères et palette souvent retenue — lui apporte une reconnaissance internationale exceptionnellement précoce.

Né à Paris le 10 juillet 1928, il manifeste très jeune des dispositions pour le dessin. En 1943, à seulement quinze ans, il est admis à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris dans l’atelier du peintre Eugène Narbonne. Sa formation académique est brève : Buffet développe rapidement un langage personnel et commence à exposer alors qu’il est encore très jeune.

En 1946, il présente son premier tableau au Salon des moins de trente ans. L’année suivante, il expose au Salon des Indépendants et participe à sa première exposition collective à la librairie des Impressions d’Art. Une de ses œuvres est acquise dès 1947 pour le Musée national d’Art moderne. En 1948, âgé de vingt ans, il obtient avec Bernard Lorjou le prestigieux Prix de la Critique. Sa carrière est lancée.

À partir de 1949, la galerie Drouant-David organise régulièrement des expositions consacrées à son travail. Dans la France de l’après-guerre, alors que l’abstraction occupe une place croissante dans l’avant-garde artistique, Buffet défend une peinture résolument figurative. Avec des artistes comme Bernard Lorjou, André Minaux, Jean Couty ou Michel de Gallard, son nom est associé à cette nouvelle génération figurative parfois réunie sous l'appellation d’« Homme-Témoin ».

Dès ses premières œuvres apparaît le vocabulaire qui fera sa singularité. Buffet construit ses figures, architectures et objets par de longues lignes noires, sèches et nerveuses. Les corps sont étirés, les visages émaciés, les perspectives volontairement rigides. Les hachures occupent une fonction essentielle : elles construisent les volumes tout en imprimant à la surface une tension graphique particulière.

Ses premières compositions — personnages, intérieurs dépouillés, natures mortes, paysages urbains — expriment souvent une atmosphère austère et mélancolique qui entre profondément en résonance avec le climat intellectuel et artistique de l’après-guerre.

Son succès devient rapidement international. Dès les années 1950, Buffet expose à Paris mais également à Londres, New York, Bruxelles, Genève, Montréal et Tokyo. En 1955, le magazine Connaissance des Arts le classe en tête d’une enquête désignant les dix meilleurs peintres de l’après-guerre. Il n’a alors que vingt-sept ans.

L’artiste développe parallèlement une production considérable. Chaque année, il travaille autour de grands ensembles thématiques : Paris, Londres, New York, Venise, la Bretagne, les plages, les clowns, la corrida, les églises, les insectes, les oiseaux, Don Quichotte, Dante ou encore la Révolution française. Cette diversité iconographique contraste avec l’extraordinaire continuité de son écriture.

Les natures mortes et particulièrement les fleurs occupent une place importante dans son œuvre. Roses, iris, lys, tulipes ou anémones lui permettent d’explorer la couleur tout en conservant la structure graphique qui caractérise son travail. Sous son pinceau comme dans ses lithographies, le bouquet cesse d’être un simple motif décoratif : fleurs, tiges et feuillages deviennent un réseau de lignes et de formes fortement architecturé.

La gravure et la lithographie constituent également une dimension essentielle de son œuvre. Buffet travaille avec plusieurs grands ateliers et transpose dans l’estampe son dessin si particulier. Lithographies, pointes sèches et gravures permettent une diffusion internationale de son travail tout en constituant un corpus artistique autonome. Son œuvre graphique a notamment été étudié et répertorié par Charles Sorlier.

En 1958, la Galerie Charpentier à Paris organise la première grande rétrospective de son œuvre. La même année, Bernard Buffet épouse Annabel Schwob, écrivaine et chanteuse, qui devient sa compagne, sa muse et l’un de ses modèles privilégiés. Le couple acquiert quelques années plus tard le domaine de la Vallée, en Bretagne, puis s’installe notamment au château de Villiers-le-Mahieu et en Provence.

La reconnaissance de Buffet est particulièrement importante au Japon. En 1973, le collectionneur Kiichiro Okano fonde à Surugadaira le Bernard Buffet Museum, entièrement consacré à son œuvre. Le musée conserve aujourd’hui l’une des plus importantes collections de travaux de l’artiste.

En 1974, Bernard Buffet est élu à l’Académie des beaux-arts, au fauteuil de Paul Jouve. Il n’a que quarante-six ans. Cette élection consacre institutionnellement un artiste dont la popularité auprès du public est alors considérable.

Cette célébrité exceptionnelle lui vaut cependant une relation complexe avec une partie de la critique artistique française. À partir des années 1960, au moment où abstraction, art conceptuel et nouvelles avant-gardes dominent largement le discours critique, son attachement constant à la figuration et son immense succès commercial entraînent une certaine marginalisation institutionnelle.

La perception de son œuvre évolue profondément au début du XXIe siècle. Plusieurs expositions et travaux historiques contribuent à réévaluer sa place dans l’art d’après-guerre. En 2016-2017, le Musée d’Art moderne de Paris lui consacre une importante rétrospective, soulignant la puissance et la cohérence d’une œuvre longtemps éclipsée par son propre succès public.

Atteint de la maladie de Parkinson et ne pouvant plus peindre comme il le souhaitait, Bernard Buffet meurt à Tourtour, dans le Var, le 4 octobre 1999.

Il laisse une production considérable couvrant plus d’un demi-siècle. Peintures, aquarelles, dessins, lithographies, gravures, illustrations et décors témoignent d’une fidélité exceptionnelle à un langage plastique personnel.

Aujourd’hui, Bernard Buffet occupe une position singulière dans l’histoire de l’art français du XXe siècle : artiste immensément populaire de son vivant, controversé par une partie de la critique, puis progressivement réévalué par les institutions, il demeure surtout l’auteur d’une œuvre dont l’identité graphique est immédiatement reconnaissable.

Son travail est conservé dans de nombreuses collections publiques et privées internationales, tandis que le Bernard Buffet Museum au Japon demeure entièrement consacré à son œuvre. Le Musée d’Art moderne de Paris a contribué par sa rétrospective de 2016 à replacer son travail dans l’histoire de la peinture figurative de l’après-guerre.

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